12 novembre 2018

de la nécessité de la poésie, toutes cultures confondues

En regardant un documentaire sur l'Egypte antique - pays et époque qui me fascinent ! - je me fis la remarque que toute langue possède sa poésie propre. Je venais d'apprendre que la "technique de drague" officielle chez les égyptiens était d'écrire des poèmes à sa bien-aimée sur des éclats de poterie retrouvés par centaines par les archéologues. Du coup, j'en viens à me demander quelle est la place de la poésie dans notre quotidien...

À mes yeux ce constat est étonnant : toute langue - même une langue dite "morte"- a sa poésie ! Ce qui revient à dire que tout groupe humain, quelle que soit sa culture et son époque, a trouvé un jour le besoin de s'exprimer autrement, de sublimer le simple langage du quotidien. L'invention de la poésie double celle de la langue : si cette dernière sert à communiquer, alors la poésie cherche à communier. C'est presque fou de penser que quel que soit le temps ou la langue, il y a cette nécessité universelle de prendre un substrat ordinaire, notre langage, pour en faire du Beau ; de passer de la communication à l'expression. La poésie serait-elle alors témoin de notre sentiment de transcendance, sinon pourquoi chercher le Beau, pourquoi vouloir ou devoir sublimer l'ordinaire ?

Bien sûr que ce n'est pas le propre de la poésie mais de tout art  que de sublimer la vie, d'ajouter de la vie à la vie, nous la faire voir, ressentir ou comprendre différemment. Mais la poésie use des mots, se joue des codes même de notre communication de base : c'est son aspect fascinant. Le langage a une fonction, la poésie en fait de l'émotion (une logique que je retrouve dans mes fractales : les maths sont fonctionnelles, j'en créée du beau via les fractales). Ce simple glissement est universel car toute langue semble trouver sa poésie intrinsèque. André Rougier, dans son blog, pense même que "lire un poème c'est donc un peu le traduire" car "tout corps-à-corps avec le langage est déjà infidélité par rapport à la communication pauvre".

À mon sens, la poésie témoigne de notre envie universelle de dire autrement et donc de vivre autrement, à fleur de mots et de peau. Elle est le signal qu'une culture souhaite non pas marquer son temps mais le célébrer, le vivifier. Elle est une invitation à voir, sentir "au-delà" des limites du langage strict, à voir et revoir notre réalité autrement.