21 mai 2019

Un lapin de Jeff Koons à 91,1 millions de dollars


Il est mignon ce lapin, non ? Il a été adjugé le mercredi 15 mai 2019 pour 91,1 millions de dollars. Un peu plus de 4 963 années de SMIC brut (selon le barème 2019). On est en train de dire qu'une personne s'est payée un lapin en métal pour près de 5000 années de SMIC brut.
Vous voyez où je veux en venir ?
À Franck Lepage qui nous dit :

"L'art contemporain réalise ce rêve du capitalisme qui est de créer de la valeur sans créer de la richesse (donc sans travail)"

Je me demande sincèrement dans quelle mesure on peut encore considérer Jeff Koons comme un artiste : il est tout au plus un créateur de placement pour ultra-riches. Bien sûr, d'aucuns diront qu'il n'a aucune maîtrise des prix qui s'envolent lors d'une vente aux enchères. Il crée l'objet : que celui-ci prenne une valeur astronomique quelques années plus tard n'est pas vraiment de son fait.

Et pourtant, loin de s'insurger de cette situation, il en profite, il construit sa carrière dessus ! Il continue de produire des objets incroyablement kitsch, ni transgressifs, ni subversifs. De gentils toutous. Son art n'interroge rien, ne nous interpelle en rien, ne nous élève en rien ! Ce sont des objets d'art qui n'ont d'intérêt que leur valeur technique ! Ce sont de jolis ballons gonflés pour des sales mômes ultra-riches lors des fêtes foraines à faire pleuvoir les millions. Son pseudo art est gentillet, poli et polissé. Son action la plus subversive a été de mettre un homard en métal au milieu de Versailles. J'en frémis encore... Il a confondu provocation et subversion. La provocation est superficielle et facile ; le subversion réclame de l'intelligence et de la substance dans son discours ce que manifestement il n'a pas !

Effectivement, la phrase de Franck Lepage prend tout son sens avec Jeff Koons. Celui-ci a réussi à bâtir un catalogue d'objets sans intérêt artistique, jolis, brillants mais - littéralement - creux. Mais son tour de force est d'avoir donné une très grande valeur financière à ce catalogue grâce à son réseau de contacts (on parlera de Damien Hirst et son "For the Love of God" un autre jour). D'ailleurs c'est sur cette seule valeur financière que Jeff Koons fait parler de lui et de ses travaux.

Je suis écœuré par cette débauche d'argent au service d'un art qui n'en est pas un : Jeff Koons est une niche fiscale. Et rien d'autre. Il perpétue un art : celui de faire circuler l'argent des riches entre eux.